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L’année 2009 restera dans les annales comme “l’année des égouts” à Ottawa ou, tout aussi mauvais, “une année horrible pour la rivière”. Jusqu’à ce jour, les égouts de la ville ont déversé plus de 800 millions de litres d’eau d’égout non traitée dans la rivière. Nous battons les records de hauteur et de nombre de jours de pluie. Les média locaux sont submergés d’appels signalant des débordements, des inondations, des rejets, des régulations défaillantes, des plages fermées et des installations vétustes. Les conseillers municipaux ont des opinions changeantes. D’une part ils défendent le plan existant pour les égouts, qui préconise une action rapide, d’autre part ils ne reconnaissent pas qu’il y a un problème. La province elle-même y va de ses critiques, accusant Ottawa d’immobilisme. Le nœud du problème est l’éternel débat : notre rivière, notre source d’eau potable peut-elle être le «dépotoir» des eaux usées de la ville ?
Aujourd’hui, les égouts sont un cocktail réellement toxique de nutriments et de dizaines de produits chimiques dont beaucoup sont toxiques. La rivière ne «digère» pas de ces produits, ils sont transportés jusqu’à la communauté plus en aval, disséminant la menace dans les populations de poissons, de grenouilles, d’oiseaux, de bélugas et… d’humains
Nous ne sommes pas prêts, ni pour aujourd’hui ni pour demain.
Les prévisionnistes en matière de changements climatiques ont prévenu qu’on aurait des orages plus violents dans la vallée de l’Outaouais (donc de plus grandes quantités d’eau pendant des périodes de temps plus courtes). Juillet, d’après mes renseignements, est l’exemple type de ce qui était prévu, et pourrait s’avérer un échantillon de ce qui nous attend dans les années à venir. Le système d’évacuation des eaux pluviales de la ville d’Ottawa a été conçu pour les besoins d’hier et les plans, actuels et en projet ne tiennent pas compte de la réalité des changements climatiques, ni du nombre croissant des produits chimiques toxiques.
La ville d’Ottawa prévoit de réduire les débordements d’environ 60%, le minimum pour rester en conformité avec les normes du ministère de l’environnement. Ce plan, prévu sur 5 ans, comporte des améliorations substantielles des infrastructures. Je tiens à insister sur le fait que les pressions pour réduire ces débordements viennent à la fois des élus et de la population, pas des régulateurs. Les rejets d’eaux usées non traitées dans la rivière sont courants depuis des décennies, nos régulateurs n’ont pratiquement rien fait à ce jour pour y mettre fin.
Au niveau fédéral, une nouvelle stratégie commune pour les eaux usées, annoncée récemment par le ministre de l’environnement Jim Prentice, va établir des standards de performances, un calendrier et des exigences de surveillance et de publication des résultats pour les usines canadiennes de traitement des eaux usées. Ce plan est le fruit du plus grand travail de recherches et de consultations des cinq dernières années, à travers tout le Canada. Ces nouvelles normes devraient être publiées sous forme de projet en décembre 2009 mais, d’après les estimations actuelles, il faudra 30 ans pour qu’il entre pleinement en application.
Nos infrastructures actuelles sont dépassées et usées par de multiples déversements, fuites et autres dysfonctionnements. Nous tentons de régler les problèmes d’aujourd’hui avec des solutions d’hier et on nous promet une réponse aux problèmes d’aujourd’hui dans 30 ans ? Mais dans 30 ans ces solutions auront déjà 3 décennies. Nous devons penser et agir plus loin que ces solutions centenaires si nous voulons résoudre le casse-tête du traitement des déchets.
Qui est responsable ?
La rivière des Outaouais a une qualité remarquable, elle borde de nombreuses municipalités et deux provinces. Les règles de navigation, municipales, provinciales ou fédérales, sont un vrai casse tête. Ajoutez à cela une communication difficile, aucune collaboration et pas de plan commun et vous avez tous les ingrédients pour un échec.
Notre gouvernement fédéral manque de vision et n’a apporté aucune amélioration en matière de stratégie de la gestion des eaux au plan national. Nos régulateurs provinciaux continuent de se voiler la face quand il s’agit de rejets cumulés d’eaux usées (eaux d’origine domestique et pluviale) envoyés dans la rivière des Outaouais et ne proposent aucune alternative d’amélioration aux municipalités. La ville d’Ottawa, tout comme les autres municipalités le long de la rivière, fait le strict minimum pour «traiter» les eaux usées, cherchant à tout prix à ce que les régulateurs ne mettent pas le nez dans leurs affaires.
Certains élus pointent du doigt des «responsables», d’autres vont jusqu’à nier la nécessité même d’agir. Pendant ce temps, la rivière, notre source d’eau potable, continue de recevoir d’énormes quantités d’eaux usées, chargées de produits toxiques.
Il est clair que nous manquons de décisionnaires, de priorités essentielles et d’un plan de gestion de nos déchets qui tienne la route.
On ne peut attendre plus longtemps.
Les déversements répétés d’eaux d’égout sont une menace pour la santé publique et celle de la rivière. Rien que cette année, Ottawa à elle seule a déversé près d‘un milliard de litres d‘eau usée non traitée directement dans la rivière. Nos plages ont dû être fermées à cause du taux élevé d‘E. coli qu‘on y a trouvé et l‘officier de santé de la ville d‘Ottawa a mis la population en garde contre tout contact avec l‘eau de la rivière du fait des risques potentiels que cela représentait pour les gens. Pour les plages d’Ottawa, Westboro et l’île Pétrie ont été fermées plus de 40% de l‘été, ce qui signifie que nous ne sommes pas dans la norme en ce qui concerne des consignes provinciales de protection des ressources en eau. La rivière elle-même a été exposée à des risques écologiques importants et les industries, dont celle des loisirs, en subissent les conséquences par de grosses pertes financières. La confiance en la qualité de l’eau de notre rivière est en baisse sensible.
Nous devrions nous poser quelques questions : Où sont les régulateurs ? Comment se fait-il que ça puisse continuer comme ça ? Qu’en est-il de notre santé et de celle de la rivière ? Et demander des réponses.
Un meilleur plan :
ARRETER DE JETER NOS DECHETS DANS LA RIVIERE. Les déversements d’égouts combinés (eaux d’origine domestique et pluviale) dans la rivière sont évitables. Le projet de deux réseaux distincts est coûteux mais nécessaire. On ne peut tolérer de demi-mesure. Des quantités importantes de produits toxiques aboutissent aujourd’hui dans ce qui est notre source d’eau potable, c’est inadmissible, et nos infrastructures doivent tenir compte de cette exigence. Les municipalités qui investissent dans des améliorations de leurs infrastructures devraient investir dans des réseaux d’égouts qui ne rejettent pas d’eaux usées (brutes ou traitées) dans une source d’eau potable.
PRATIQUER LE DEVELOPPEMENT A FAIBLE IMPACT. Nous ne pouvons pas continuer de permettre l’implantation de nouveaux développements là où les infrastructures ne peuvent le supporter. Les réseaux municipaux, dans certains endroits, sont sous dimensionnés et ne peuvent plus supporter les besoins industriels, commerciaux et résidentiels, nous continuons cependant à accorder des permis de construire. Nous ne résoudrons jamais le problème de la qualité de l’eau avec des solutions de bouts de ficelle. Nous devons commencer à pratiquer le développement à faible impact et mettre en œuvre les techniques d’infrastructures vertes dès aujourd’hui. La santé publique et la santé écologique de nos rivières doivent passer avant les profits économiques et industriels.
ETRE RESPONSABLE. Les villes doivent tendre à l’autosuffisance et trouver des solutions régionales pour traiter leurs déchets. Ceci inclut le respect des rivières que nous partageons. Les communautés et les municipalités en aval ne doivent pas avoir à gérer nos déchets toxiques.
La rivière des Outaouais n’est pas un dépotoir. Nous devons cesser d’y envoyer eaux d’égouts et rejets toxiques (c’est aussi notre seule source d’eau potable). Et c’est maintenant qu’il faut cesser, pas plus tard. Une eau propre et une rivière saine profitent à toute la communauté.
Pour toutes informations complémentaires, visitez notre site http://fr.ottawariverkeeper.ca/
Sincèrement,
Meredith Brown, Directrice Exécutive et Riverkeeper