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Au début du mois, Scott Vaughan, commissaire à l’environnement et au développement durable, a rendu public un rapport alarmant qui affirme que le gouvernement ne protège pas adéquatement les habitats des poissons et ne respecte pas les exigences exprimées dans la loi sur les pêches. L’audit a examiné la façon dont les deux départements, Pêches et Océans (POC) et Environnement Canada (EC), assumaient leurs responsabilités dans l’application des directives de la loi sur les pêches dans les domaines de la protection de l’habitat des poissons et de la prévention des pollutions.
Ici, à Sentinelle Outaouais, ça n’a pas été une découverte, loin de là. Année après année, j’ai été témoin de première ligne du manque de collaboration des gouvernements successifs quant au suivi et aux poursuites judiciaires en ce qui concerne la protection des habitats. Malheureusement, pour ce qui concerne la rivière des Outaouais, l’impact des violations répétée de la loi sur les pêches est évident et la situation ne fait qu’empirer au fil des ans. Les populations de poissons continuent de décliner (l’esturgeon et l’anguille en particulier), alors peut-on croire le département Pêches et Océans quand il nous dit qu’il prend toutes les mesures nécessaires à la protection et l’amélioration de l’habitat des poissons qui est essentiel aux ressources piscicoles auxquelles les Canadiens sont tellement attachés. Si l’on en croit Scott Vaughan, la réponse est non.
Au fil des ans, j’ai appris que le «pas de perte nette» de Pêches et Océans n’était pas toujours favorable à nos écosystèmes aquatiques naturels qui, au bout du compte, sont perturbés par les barrages, les rejets d’eaux usées industrielles ou domestiques, les déchets miniers, les modifications des berges, la destruction de zones humides ou de petits cours d’eaux. J’ai vu passer de nombreux projets qui modifiaient profondément ou détruisaient même parfois l’habitat des poissons et n’offraient aucune compensation pour ces pertes. Les projets de limitation qui sont utilisés pour justifier les pertes d’habitats (c’est une condition classique requise pour l’approbation d’un projet) ne sont que rarement suivis de près et, dans certains cas que j’ai suivi de près, même pas mis en œuvre. Comment savoir alors si le bilan net est une perte ou un gain en habitat ? C’est impossible.
Selon l’audit, Pêches et Océans ne mesure ni les pertes ni les gains en habitat. Il n’y a que peu d’information concernant l’habitat du poisson au Canada donc, par voie de conséquence, sur les réserves de poisson, la qualité et la quantité de leurs habitats voire la qualité de l’eau.
Année après année, les organisations canadiennes qui s’occupent de protéger nos lacs et nos rivières ont demandé à Pêches et Océans et à Environnement Canada une application plus stricte de la réglementation. Malheureusement, Pêches et Océans a réduit de moitié ses activités de surveillance dans tout le Canada et n’avait pas encore installé, au moment de l’enquête, les dispositifs de contrôle des habitats indispensables pour compenser cette réduction.
En réaction à un défaut aussi important dans l’application des réglementations, de nombreuses organisations ont pris les choses en main. Le président de Fraser Riverkeeper, Doug Chapman, a fait plus et mieux que son simple devoir civique pour protéger l’habitat des poissons au Canada. Il a enquêté et intenté des actions en justice dans plusieurs cas où des égouts insuffisamment traités tuaient la faune aquatique. Mais il est rare que des groupes organisés puissent aller en cour dans des cas semblables. Les citoyens Canadiens demandent constamment à nos régulateurs fédéraux de faire appliquer la loi et d’agir.
Pourquoi se préoccuper de l’habitat des poissons ?
Si vous pensez que l’habitat des poissons n’est pas un problème, repensez-y. Un habitat sain pour des poissons est indispensable, et pas juste pour les poissons. Il est source d’aliments et d’abri pour la vie sauvage aquatique et terrestre et contribue à l’amélioration de la qualité de l’eau pour la consommation humaine et les activités récréatives. L’eau est LE lien qui relie tous les êtres vivants, nous devons y faire attention. Si les poissons meurent dans nos rivières c’est qu’ils sont peu à peu empoisonnés, et si on empoisonne l’eau dans laquelle ils sont, il y a de fortes chances qu’on nous empoisonne aussi doucement.
L’avenir est sombre
Il est encourageant de constater que le commissaire général à l’environnement a fidèlement rapporté les faits concernant le problème de la protection et de la conservation de l’habitat des poissons au Canada. Cependant, je n’ai vu aucune réaction de notre gouvernement fédéral qui incite à l’optimisme quant à l’avenir de nos pêcheries canadiennes.
Depuis que le budget fédéral de 2009 a été voté, il semble que nos gouvernants s’attachent à la déréglementation en matière d’environnement et à la «rationalisation» de l’examen des projets dans le but d’accélérer les travaux d’infrastructure et de développement. J’apprends aujourd’hui même que les récentes modifications à la loi de protection des voies d’eau navigables vont permettre à notre gouvernement et à la compagnie Vale Inco Hydromet de détruire un petit lac à Terre Neuve. Selon Transport Canada, l’accès à ce lac (Sandy Pond) est difficile et la navigation y a été «limitée». Comme ce lac n’est pas source d’eau potable et qu’il est isolé, les régulateurs ont jugé que c’était le lieu parfait pour disposer de rejets miniers (381 000 tonnes par an environ).
Les gens des communautés environnantes ont exprimé leurs craintes de voir des déchets dans un lac qui abrite des poissons et ont suggéré que le demandeur construise un endroit adéquat pour ses rejets. Il semble que le fédéral soutienne les thèses de l’entrepreneur dans cette affaire : la construction d’un dépotoir n’est pas économiquement envisageable dans ce cas. Au final, les Canadiens vont avoir subventionné cette compagnie minière pour qu’elle détruise un lac en y jetant ses déchets toxiques. Et notre gouvernement va poursuivre dans cette voie si bien tracée pour justifier la destruction d’encore plus d’habitats de poissons.
Pour en revenir à la loi sur la protection des eaux navigables… les récents amendements vont permettre au ministère des transports de faire en sorte que l’article 22 de la loi ne soit pas respecté à Sandy Pond. L’article 22 interdit le rejet de déchets solides dans une voie d’eau navigable. Des histoires comme celle-ci montrent bien que la collaboration entre Pêches et Océans, Environnement Canada et Transport Canada est difficile. Avec ces exceptions en faveur de la destruction de l’habitat des poissons, Pêches et Océans a du pain sur la planche pour mettre en oeuvre sa politique de «pas de perte nette».
Une meilleure solution
Comprendre nos erreurs peut ouvrir la voie à un changement positif. A la lumière du rapport détaillé de Scott Vaughan et en s’appuyant sur une meilleure compréhension des défauts dans la protection des habitats des poissons, il est évident que nous devons agir. La loi fédérale sur les pêches est l’instrument le plus important de la législation pour la protection des eaux. Une stratégie inadaptée peut compromettre non seulement l’habitat des poissons, mais aussi les écosystèmes, l’environnement en général et mettre la santé de nos communautés en danger. Il existe d’autres moyens. Pour moi, il est clair que des groupes comme Sentinelle Outaouais doivent patrouiller la rivière et évaluer les taux de pollution. La participation et la collaboration dans les prises de décisions sont indispensables si l’on veut protéger à la fois la santé de nos rivières et celle de nos communautés.
Lisez le rapport du commissaire à l’environnement et au développement durable
Meredith Brown