Accessibility and Access Keys [0]
Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, la Commission de la Capitale Nationale a rendu publique en septembre 2008 une étude qui recommande le tracé de l’île Kettle pour le futur pont interprovincial. Les derniers tours des consultations publiques n’ont pas réussi à convaincre les consultants qui travaillent sur le projet que leur choix présentait un défaut, était biaisé ou ne tenait pas compte de toutes les données. Le 5 janvier ils ont publié leurs conclusions pour la première phase de l’étude environnementale (EE) et annoncé qu’ils s’en tenaient à leurs conclusions de septembre : le corridor de l’île Kettle est techniquement celui qui remplit le mieux les conditions établies par l’étude EE.
Pour Sentinelle Outaouais, cette recommandation est décevante, et l’expression est faible. L’île Kettle est l’une des quatre îles d’origine alluviale du patrimoine écologique sur la rivière des Outaouais dans le périmètre de la région de la capitale nationale. Une bande de terrain virtuellement irremplaçable, les animaux qui parcourent la rivière ont toujours eu comme repères Kettle qui est la plus grande et Pétrie qui a la plus grande diversité écologique. L’un des habitats submersibles en cas d’inondation qui s’est établi sur ces îles dans les marais à fougère et à micocoulier est considéré comme ne pouvant se mettre en place nulle part ailleurs au Canada, rien que là, sur la basse rivière des Outaouais ou peut-être sur le Saint Laurent tout proche. Le rôle de cette zone a été mis en évidence par la décision de Conservation de la Nature – Canada de se porter acquéreur de 95 % de l’île Kettle pour en protéger les intérêts : les rives naturelles, la diversité végétale, la richesse du sol et des espèces sauvages rares. Ce serait une honte de perturber ou d’altérer l’une ou l’autre de ces îles mais on sait que Kettle, Lower Duck et Pétrie sont les trois îles retenues en première, deuxième et troisième position parmi les dix alternatives envisagées.

Pour comprendre les raisons de cette décision, nous devons tenir compte de l’approche détaillée et objective qui a été retenue pour identifier et évaluer les corridors éventuels pour un nouveau lien interprovincial. Sentinelle Outaouais est avant tout un défenseur de l’environnement qui s’appuie sur des données scientifiques. Nous reconnaissons qu’en cette matière, la proposition de construire un pont sur la rivière, d’autres éléments (de nature économique, socioéconomique etc.) doivent être pris en considération.
Si l’on ne considérait que le point de vue de l’écologie, un passage au niveau de Cumberland/Masson serait celui qui aurait le moins d’impact sur la rivière et Lower Duck celui qui en aurait le plus.
J’ai suivi avec intérêt l’étude et l’analyse des différents corridors possibles. La valeur attribuée à chacun des sept critères (trafic et transport, coût, environnement naturel, environnement culturel, utilisation des terrains, aspect socio-économique et usage/ressource en eau) influe largement sur le classement et l’évaluation des différents corridors. J’ai relevé un certain nombre de points particulièrement intéressants : d’abord, du fait de l’importance du coût dans ce calcul, le tunnel n’est plus une option envisageable, il coûte quatre fois plus cher qu’un pont; ensuite il faut augmenter considérablement le “poids” du critère environnemental pour qu’il contrebalance réellement le facteur trafic/transport dans le classement.
Tous critères, avis et recommandations considérés, l’île Kettle n’est pas le site idéal pour un nouveau pont. Nous nous trouvons confrontés à une réalité problématique car il est vrai qu’il n’y a PAS de bon site pour ce pont. Les impacts environnementaux et les conséquences sur la santé de la rivière sont indéniables pour chacun des sites proposés. Alors que faire ?
La phase 2 offrira à Sentinelle Outaouais l’opportunité de plaider pour des solutions capables de réduire les impacts de ce pont sur notre rivière et de collaborer au développement d’une stratégie qui préserve au mieux les îles alluviales d’importance écologique d’Ottawa-Gatineau.
Mes recommandations pour avancer sur ce projet :
1 – Le pont ne doit pas toucher l’île Kettle, il ne doit pas y avoir de pilier sur le sol de l’île.
2- Le pont doit éviter l’île, il ne doit pas passer au-dessus du territoire de l’île.
3- Les eaux pluviales ne doivent pas être déversées directement dans la rivière, il doit y avoir un véritable système de collecte des eaux pluviales efficace.
4- Il faut qu’il y ait une évaluation écologique détaillée de toute l’île, pas uniquement de la pointe Ouest.
5- Les villes d’Ottawa et de Gatineau, la CCN et les groupes d’intérêts concernés doivent entamer un dialogue sur des stratégies de protection des 4 îles alluviales de la rivière.
En résumé, les impacts environnementaux et les conséquences de ce projet sont énormes. Migration des oiseaux, plaisance, qualité de l’au, diversité écologique, intégrité des rives, protection des espèces ne sont que quelques exemples de ce qui sera affecté par cette construction, la pollution liée au trafic, le déversement des eaux de ruissellement ou les modifications des habitats. La construction de ce pont est un processus écologiquement dévastateur. Je suis à la fois attristée et déçue du chois qu’on a fait de l’île Kettle comme site pour le prochain pont interprovincial. Il est de notre responsabilité, celle de chacun d’entre nous, d’exprimer nos préoccupations afin que Kettle soit reconnue comme l’île alluviale d’importance écologique qu’elle est, et de travailler ensemble à sa protection.
Meredith Brown
Ottawa Riverkeeper/Sentinelle Outaouais