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D’autres histoires de la rivière des Outaouais

La première fois que j’ai vu la rivière des Outaouais, j’étais étudiante et je visitais la région de la capitale nationale. Hiver C’était au cours d’un voyage scolaire de géographie de mon école secondaire de Toronto. Ce jour-là, après avoir atteint le sommet du mont King dans le parc de la Gatineau, et observé la vallée de l’Outaouais qui s’étendait sous mes pieds, je me suis promis que ce serait l’endroit où je vivrai un jour. La rivière des Outaouais m’avait jeté un sort et avait capturé mon âme.

Quand je suis sortie de l’université de Trent en 1974, je me suis installée à Ottawa. Cinq ans plus tard j’ai épousé Eric Fletcher qui partage ma passion pour cette région, et en 1989 nous avons déménagé pour aller un peu au nord de Quyon, un village du Québec dont l’histoire est intimement liée à celle de la rivière.

Depuis 1988, j’ai publié cinq livres dont des histoires fantastiques de la rivière des Outaouais et je serais maintenant incapable de me passer de son caractère changeant.

Quand j’ai commencé cette rubrique pour les Sentinelles, j’ai écrit des histoires de la rivière des Outaouais (voyez les archives du site). Vous les avez appréciées… alors voici d’autres histoires de cette rivière que nous tenons tant à préserver.

L’utilisation par les premières nations

Dans Historical Walks: The Gatineau Park Story, je cite l’historien disparu Lucien Brault qui parle du réseau de rivières qui procure non seulement des routes pour le commerce mais aussi pour s’échapper. Brault écrit: “De 1636 à 1649, les Iroquois les ont [les Hurons] impitoyablement poursuivis, chaque portage était une embuscade, les chutes de la chaudière étant habituellement la dernière. Pour éviter les embûches, les hurons, les algonquins et leurs alliés avaient pris l’habitude de remonter le ruisseau de la brasserie ou la rivière Gatineau, jusqu’à Chelsea et de là faisaient un portage à travers Aylmer et le lac Deschênes jusqu’au lac Kingsmere. Un autre chemin de portage passait par le lac Leamy, sur la rivière Gatineau, le long de la crête Breckenridge.”

Colonie pénitentiaire

Dans Historical Walks, je cite aussi le journal de John MacTaggart’s de 1826-29. D’après lui, le Colonel By’s, alors greffier des travaux pour le canal Rideau, a proposé le territoire juste au nord de la rivière des Outaouais comme étant l’endroit idéal pour établir une colonie pénitentiaire. Convaincu que ça ferait d’énormes économies d’envoyer les condamnés là plutôt qu’en Angleterre, il pensait qu’ils seraient “vraiment isolés de la population de la colonie, et qu’il leur serait absolument impossible de s’en échapper.”

MacTaggart écrit encore : “Un tailleur a voulu de s’échapper de chez son patron à Hull et retourner à Québec, où il était né. Il est parti de bonne heure le matin, a pris un canoë, a traversé la rivière des Outaouais et est entré dans la “jungle” sur l’autre rive. Jour après jour, le pauvre garçon a erré dans les bois, avec rien à manger sauf quelques framboises sauvages. Enfin, le dixième jour de sa fuite, il est arrivé aux rapides des chats [autrefois les puissants rapides de Quyon] à environ 30 miles de Hull, et dans la direction exactement opposée à celle qu’il voulait prendre. Les moustiques s’étaient régalés de son sang de façon éhontée, les arbustes et les broussailles avaient déchiré ses vêtements et exposé sa carcasse décharnée et sans défense aux insectes sans merci. Il est retourné au bercail et n’a plus jamais essayé d’en partir.”

Rivières ou autoroutes ?

Aujourd’hui nous prenons le train, l’auto, l’avion et nous ne faisons plus attention aux infrastructures que nous utilisons, mais dans les années 1800, les principales voire les seules “autoroutes” étaient les rivières. En fait, les routes étaient de vrais cauchemars : ouvrir une route était pratiquement impossible pour les immigrants qui venaient aux colonies et qui n’avaient jamais tenu et encore moins manié une hache.

Quand les routes ont été ouvertes dans les bois, on s’y embourbait durant nos abominables mois de boue – ajoutez à ça l’impopularité de ces routes en tôle ondulée. (Imaginez un instant un voyage, dans une voiture de poste Klock brinquebalante, sur la route Britannia entre Hull et Aylmer… cette route a été construite comme voie de portage afin qu’hommes et biens puissent éviter les rapides de la Chaudière, Dechênes et d’autres qui rendaient la rivière des Outaouais infranchissable.) Bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, l’entretien de cette route est devenu l’objet de dispute entre voisins, même dans ce “bon vieux temps.”

Utiliser les rivières comme voies principales n’était pas l’apanage des explorateurs, des marchands de fourrures et des Jésuites. Les immigrants aussi les utilisaient comme voies principales. En 1800, Philemon Wright et son groupe de colons venus de Nouvelle Angleterre ont utilisé les réseaux de voies navigables, dont la rivière des Outaouais, lors du voyage qui les a amenés à fonder Wrightsville, puis Hull – aujourd’hui la ville de Gatineau. Le groupe d’intrépides colons a remonté la rivière Richelieu, le Saint Laurent et la rivière des Outaouais avec des chariots tirés par des bœufs.

Les premiers archéologues de l’Outaouais

Edwin Sowter et Sand Bay

Lors de mes recherches pour Capital Rambles: Exploring the National Capital Region, j’ai fait la connaissance des premiers archéologues qui ont découvert des restes aborigènes le long de la rivière des Outaouais. Dans son journal, j’ai “rencontré” l’archéologue T. Edwin Sowter né à Aylmer en 1860. En 1917, il a noté ce qu’il avait découvert le long de la rivière, entre Big Sand Point et Constance Creek :

“A cet endroit, la plage au dessus de la ligne des hautes eaux, a environ 150 verges de long et 20 de large. Il y avait, éparpillés un peu partout, des débris de poterie, des silex, des pointes de flèches et des éclats de vaisselle en terre. Il semblait évident qu’ici, les chasseurs rouges [sic] avaient fait leur feu de camp et satisfait leur appétit avec des palourdes rôties.”

Pointe à la Bataille

Sowter a répandu l’histoire de la façon dont français et algonquins ont eu l’occasion de tendre une embuscade à un campement d’iroquois au milieu des années 1600 :

“Il y a très longtemps, une expédition de coureurs des bois, accompagnée d’un bon nombre d’indiens, probablement des alliés algonquins et hurons, arrive un soir au camp à Pointe à la Bataille [à Constance Creek]. On allume des feux, on suspend les bouilloires et on se prépare à passer la nuit tranquillement et en paix. Cependant, bientôt ils aperçoivent, à travers les feuillages le scintillement des lumières d’un autre campement, sur l’autre rive de la baie. Une rapide reconnaissance leur révèle qu’un important groupe de guerriers iroquois s’est barricadé dans un camp sur la colline Wendigo à Big Sand Point. Aguerris aux subtilités des combats en forêt comme ils le sont, les français et leurs compagnons indiens sont ravis à l’idée qu’il va “y avoir du sport” avant le matin …”

“Autour de minuit, le groupe des attaquants quitte Pointe à la Bataille et se dirige furtivement vers le Sud, dans les canoës, en longeant la rive Est de Sand Bay. Ils passent l’embouchure de Constance Creek et abordent sur la rive Ouest de la baie, s’avancent vers Big Sand Point à travers le bois de pins… L’attaque est un réel succès, les iroquois sont encerclés et les attaquants fondent sur le camp endormi comme dans un mauvais cauchemar. De nombreux iroquois meurent dans leur sommeil, le reste du groupe périt dans l’indescriptible panique d’un massacre en pleine nuit.”

Le train tiré par des chevaux de Union Village

Les portages pour éviter les rapides des Chats à Quyon permettront longtemps de continuer le commerce le long de la rivière des Outaouais. Les bateaux à vapeur ont sillonné les eaux depuis le milieu du XIXème siècle. On peut aisément imaginer le temps que ça prenait de débarquer les marchandises et les gens, de contourner les rapides, de recharger de l’autre côté sur un autre bateau, et de recommencer jusqu’en haut de la rivière, sans compter que ça devait être encore pire à la période des insectes. Visitez le chemin de fer à cheval près de Quyon. Il a été construit par l’_Union Forwarding Company_ :

“il a été construit sur des marais, là où il y avait un peu de terre ou des rochers, mais surtout sur des chevalets en rondins, et au travers du roc le plus dur du bouclier canadien. Fendre le rocher était très coûteux mais indispensable pour maintenir le droit d’emprise. La tâche était rude pour percer à la main le granite, le gneiss et la syénite qui jalonnait la plus grande partie de la zone d’emprise. (Les marteaux pneumatiques n’ont fait leur apparition que vers 1867.) Quand la ligne longeait le lac des chats, les ouvriers ont trouvé leur tâche un peu plus facile, la couche y était la plus tendre qu’ils aient rencontrée, du calcaire cristallin blanc.”

Des vapeurs comme l’Emerald et le Ann Sisson accostaient au village de Pontiac. Là, les passagers débarquaient, montaient quelques marches creusées dans le rocher et prenaient place dans un “train” que des chevaux tiraient jusqu’à Union Village. Puis ils embarquaient sur un autre vapeur qui les amenaient jusqu’à Portage de Fort.

De nos jours, on peut toujours voir le rocher contre lequel accostait le Ann Sisson dans la baie de Pontiac, à l’Ouest de Quyon, près du Camp des Voyageurs Tim Horton. Mais il ne reste rien du petit tramway tiré par des chevaux qui a existé à cet endroit…

D’autres histoires

Ce ne sont que quelques-unes des histoires de la rivière. Si vous en avez d’autres à partager, contactez-moi à chesley@allstream.net. Je serais heureuse de publier vos histoires dans une prochaine édition de cette colonne.

Katharine Fletcher, auteur et journaliste indépendante, a écrit de nombreux guides historiques et écologiques. Apprenez-en plus en lisant ses histoires de la rivière dans Historical Walks: The Gatineau Park Story et Capital Rambles: Exploring the National Capital Region . Vous trouverez ses guides et ses livres dans les librairies de la région ou chez Mountain Equipment Co-op.


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