C’est plus que strictement un intérêt intellectuel qui a poussé des scientifiques et des chercheurs lourdement galonnés à étudier et à enregistrer l’extraordinaire diversité naturelle et écologique de la rivière des Outaouais. Environ vingt sites sont décrits – un nombre trop petit pour une merveille naturelle aussi vaste et complexe que la rivière des Outaouais. Et même là, nous ne nous concentrons que sur le cours principal de la rivière et négligeons les merveilles que recèlent les nombreux affluents –cours d’eau importants en eux-mêmes – et, à leur tour, les petits affluents de ces ruisseaux. Malgré tout, voici un aperçu des lieux qui composent ce paysage si unique et important.
La Réserve faunique La Vérendrye
Secteur peut-être le plus sauvage et intouché du réseau hydrographique de la rivière des Outaouais, la réserve faunique La Vérendrye est un point culminant du bassin versant, qui appartient au paysage accidenté et pratiquement vierge du Bouclier canadien. Avec quelque 4 000 lacs et un nombre incalculable de petits ruisseaux dans un environnement boréal, les richesses naturelles partiellement protégées de la réserve donnent une idée de l’époque antérieure du bassin versant, la période postgalcière. Il faut savoir aussi que les caractéristiques naturelles et les processus encore en place ici constituent un immense réservoir écologique qui contribue à l’intégrité écologique d’un secteur beaucoup plus vaste de cet horizon nordique, et la maintient.
Le rocher du diable, Lac Témiscamingue
La fondation rocheuse de saisissantes falaises de 200 m de haut de deux milliards d’années chute brutalement dans le vaste Lac Témiscamingue (17 000 hectares), élément extraordinaire de la géologie complexe du fossé d’effondrement tectonique du Témiscamingue. Ce type de surface rocheuse est réputé pour sa faculté d’accueillir une vie végétale remontant à une époque très reculée et des lieux de ponte pour des rapaces d’espèces rares. Les événements géologiques dont les falaises font partie sont les assises de la richesse minérale immense de cette partie du bassin versant de la rivière des Outaouais et pourraient receler des dépôts de diamants de qualité gemme. On reconnaît souvent en outre une valeur culturelle ou sociale considérable à ces lieux. Le rocher du diable, à titre d’exemple, est le lieu principal d’une des nouvelles les plus connues de la célèbre série Hardy Boys.
Le secteur Rapides Des Joachims
L’érection d’un complexe hydro-électrique important ici témoigne du fort débit d’eau en provenance du bassin versant supérieur endigué de façon naturelle par cet étroit passage. Les anciens rapides et chutes sont maintenant engloutis sous l’eau du réservoir du barrage. Cet étranglement dans le cours de rivière, à proximité du remarquable affluent qu’est la rivière Du Moine, donne cependant lieu à une concentration d’animaux qui se servent de la vallée la rivère comme d’une « autoroute migratoire ». Après tout, la rivière des Outaouais a été la première Transcanadienne pour la faune et la flore qui se sont réinstallées dans la partie supérieure de la vallée et au-delà à la suite du retrait des glaciers.
Oiseau Rock, Pontiac
Oiseau Rock, ainsi nommé en raison des faucons pèlerins qui nichent sur les falaises abruptes de la rivière, est non seulement un point d’observation exceptionnel de la vallée à ministère-parcours de la rivière des Outaouais, mais également un refuge pour des espèces rares et hors de portée. Un nombre étonnamment important de ces espèces rares se sont accrochées à la paroi de granite de la falaise pendant des millénaires. Dans certains cas, il s’agit d’espèces de l’ouest, voyageuses dans le temps, venues des Grands Lacs et des cours d’eau de l’ouest du Canada et s’étant écoulées par l’immense rivière des Outaouais de l’autre côté de la falaise. Heureusement, ledit oiseau survole de nouveau la paroi de la falaise en se laissant planer sur le courant ascendant.
Petawawa – Delta d’esker du Pontiac
Les immenses dépôts de sable qui caractérisent le paysage des deux côtés de la rivière se sont formés au moment où le système hydrographique fluvial des Grands Lacs s’est heurté à d’énormes embâcles de glace dans la partie supérieure de la mer Champlain, formant un immense delta sous-marin. Ceci a probablement constitué un événement cataclysmique – d’une durée de quelques jours ou quelques semaines, mais pas d’années – qui a eu des conséquences directes sur la nature de ces terres durant des milliers d’années par la suite. Les vastes forêts de pins si caractéristiques de la vallée de l’Outaouais sont probablement les plus belles le long du delta d’esker entre le Pontiac et Petawawa. Des plantes et des animaux d’une diversité remarquable sur le plan provincial se retrouvent dans les landes sablonneuses, les dunes et les forêts des plages vierges et les bois de conifères de la base des Forces canadiennes de Petawawa, notamment la rare tortue des bois d’importance nationale, dans le passé, la population de parulines de Kirtland (Pin gris), espèce menacée dans le monde, est la seule au Canada à se multiplier.
L’alevinière de Petawawa
La falaise sablonneuse abrupte le long du côté occidental de l’alevinière est en fait le rivage abandonné d’une rivière des Outaouais post-glaciale, alors beaucoup plus grosse. Sous la falaise et sur des kilomètres vers le nord et vers le sud, l’eau souterraine purifiée par des millions de tonnes de sable clair donne lieu à des sources et des suintements en abondance. Ces anciennes sources de rivage abritent une grande diversité d’espèces inhabituelles, dont certaines sont plutôt typiques de l’Ouest, que l’on trouve rarement ailleurs dans l’est de l’Ontario et l’ouest du Québec. Les longues plages qui bordent la rivière des Outaouais sont aussi d’importants sites de ravitaillement et de repos pour la sauvagine qui continue de suivre les anciennes routes migratoires le long de la rivière.
L’eau blanche Westmeath – Calumet
Certains diront qu’il s’agit de la portion la plus saisissante de toute la rivière des Outaouais sur le plan esthétique, mais tout riverain de l’Outaouais est parfaitement en droit de reprendre pour lui-même cette affirmation. Néanmoins, cette région figure très haut sur la liste des plus beaux sites. La rivière se rétrécit et descend en cascade par une série apparemment sans fin de canaux tortueux et rocheux. Ces rapides et ces chutes impressionnants et intimidants qui résultent de cette poussée d’eaux génèrent des kilomètres d’eaux vives saisissantes. L’importante industrie éco-récréative de la descente en eaux vives et la pratique du kayak qui s’est développée dans le parc provincial ontarien de la rivière des Outaouais et les lits de rivière du côté québécois de l’Outaouais dépend totalement du respect de normes élevées en matière de qualité de l’eau, et d’un bon débit naturel.
Le bosquet
Bien qu’exploitée dans le passé à des fins forestières, cette région urbaine boisée offre une excellente occasion aux riverains de l’Outaouais de découvrir ce que fut à l’origine ce bouquet de pins blancs sur les rives de la rivière des Outaouais, qui a été la première ressource récoltée ici de façon industrielle. Cet endroit témoigne en outre de façon impressionnante de l’efficacité des campagnes de préservation menées par des citoyens dans la vallée de l’Outaouais. Avec le concours de Conservation de la nature Canada, les citoyens de l’endroit ont fait en sorte que ce site soit acheté, grâce à des fonds privés et publics, et devienne une réserve naturelle permanente, le préservant ainsi d’un développement résidentiel intensif.
L’île du Lac des Chats et les rives
Quittant finalement le paysage du Bouclier canadien de la portion supérieure et moyenne de la vallée de l’Outaouais, la rivière forme le large Lac des Chats à son point de rencontre avec la rivière Madawaska. Même si une partie importante est disparue sous les flots derrière le barrage du Lac des Chat, le rivage et les nombreuses îles entre Sandy Point dans le comté de Renfrew et Morris Island dans la ville d’Ottawa sont remarquables sur le plan écologique. Une île et la zone littorale de seulement quelques hectares à Lavergne Bay, Morris Island, par exemple, est réputée pour ses nombreuses espèces de plantes et d’animaux rares à l’échelle provinciale et pour plus d’une douzaine espèces de plantes et d’animaux rares dans la région. La plupart de ces éléments particuliers au Lac des Chat sont des espèces aquatiques ou de rivage, telles que la tortue musquée menacée et la tortue géographique d’importance provinciale. Elles dépendent du maintien des conditions naturelles qui existent sur ces rives. Un des habitats les plus précieux est celui que procure la végétation d’alvars du rivage passablement rare. Ces étranges prés naturels qui hébergent de nombreuses espèces végétales et animales rares et, même, uniques se trouvent sur des gisements marbriers sur le rivage québécois et sur la fondation calcaire ontarienne et ont réussi à franchir des millénaires d’inondations naturelles, de rabotage glaciaire, de feux et de déprédation. Dans la plupart des cas, cependant, elles ont été endommagées, voire éliminées par de récentes activités humaines.
Les dunes et les rives de Constance Bay
Les dunes fossilisées de la mer Champlain, couvertes à l’origine par une forêt de pins gris tributaire du feu, et dont les plus hautes s’élevaient doucement de plages gonflantes, accueillent des plantes peu communes. Elles ont été signalées pour la première fois par Samuel de Champlain au début des années 1600. Les plages émergentes abritent quelques-unes des plus importantes populations au Canada de certaintes espèces rares de plantes aquatiques. Un long passé d’établissements récréatifs et maintenant résidentiels dans les dunes a occasionné de nombreux incendies qui ont gravement dégradé la diversité et la taille de la population de bon nombre de plantes et d’animaux riverains indigènes peu communs et rares. Cette accumulation continue de combustible (branches mortes, vieux bois, etc.) fait perser la menace sur les ressources résidentielles et naturelles d’un grave et destructeur incendie un jour ou l’autre.
Réserve naturelle de Breckenridge
Établie en 2004 à la suite des démarches des propriétaires des lieux, la famille Aldred, cette réserve de Conservation de la nature Canada de 270 hectares à proximité de Luskville vise à protéger l’un des secteurs palustres les plus beaux du cours inférieur de la rivière des Outaouais, ainsi que des habitats d’arrière-plage précieux sur le plan écologique. Elle héberge une faune et une flore variées et rares sur le plan provincial et régional. La réserve est un excellent exemple d’initiative individuelle de conservation réussie, qui reposait à juste titre sur des évaluations scientifiques et qui offrira une protection permanente à d’importants habitats du rivage de la rivière des Outaouais.
Innis Point – Shirleys Bay
Ce secteur permet de protéger ce qui est vraisemblablement le meilleur exemple de végétation d’alvars du rivage, plutôt rare dans la vallée de l’Outaouais, ainsi qu’une diversité remarquable d’habitats riverains, de forêts marécageuses et de marais. Cela comprend d’anciens, Cela inclut de vieux marais d’érables rouges de croissance primaire (le plus ancien habitat de ce type dans la vallée de l’Outaouais?), un vieux marais de zizanies des marais et l’un des points de ravitaillement des oiseaux migrateurs parmi les plus importants à distance des Grands Lacs dans le sud de l’Ontario. Il s’agit aussi d’une importante aire d’hivernage pour les rapaces, parmi lesquels un nombre exceptionnel de chouettes lapones certaines années (plus de 25 en 2005). La plus grande partie du site est gérée par le ministère de la Défense nationale (Polygone de Connaught) qui a travaillé de concert avec la Ville d’Ottawa, l’Ottawa Duck Club inc. et d’autres partenaires, pour accroître les populations animales et végétales et protéger les habitats les plus précieux.
L’escarpement Eardley
Bien qu’il se trouve maintenant à de 5 à 6 km du rivage, cet escarpement rocheux représentant la frontière sud du parc de la Gatineau est directement relié à la rivière des Outaouais de diverses façons. Ses falaises qui constituaient en fait le rivage de la mer Champlain à l’époque, abritent des populations reliques d’espèces du nord et de l’ouest, dont le nombre dépasse largement celui retrouvé de nos jours, et dont certaines sont rares à l’échelle provinciale et nationale. Il représente aussi une importante voie migratoire pour les rapaces qui remontent et redescendent le couloir de la rivière des Outaouais. Il n’y a probablement pas de meilleur endroit pour observer et apprécier les deux types très différents de paysages de la rivière des Outaouais – l’austère, du bouclier au nord et le plus tempéré, des terres basses au sud – que les points d’observation saisissants du long de l’escarpement du parc de la Gatineau.
L’aire de conservation Britannia
C’est le premier secteur naturel urbain du bassin versant de la rivière des Outaouais et l’une des zones de ce type les plus importantes au Canada. On a documenté plus de 600 espèces végétales et une remarquable diversité d’habitats naturels dans cette zone de 100 hectares. À l’échelle nationale, c’est probablement le lieu d’observation d’oiseaux migrateurs le plus connu de la région de la Capitale nationale, où l’on a observé plus de 300 espèces, dont certaines ne sont mentionnées que dans quelques grilles d’observation au Canada. Si la valeur d’un domaine tient à son emplacement, on peut dire la même chose des oasis d’oiseaux migrateurs comme celui de Britannia. Cette aire est située à la hauteur d’un étranglement de la rivière des Outaouais, et elle est cernée de toutes parts par un développement urbain moins favorable. L’aire de conservation est beaucoup utilisée par les naturalistes et les simples randonneurs, un fait qui a été reconnu par le gestionnaire des lieux, la Commission de la Capitale nationale, qui y a aménagé en 2004 un sentier récréatif écologique pour en favoriser la protection à long terme.
Les rapides Deschênes
Il ne reste qu’un ensemble de rapides importants sur tout le parcours de la rivière des Outaouais qui soit intacte et n’ait pas subi les conséquences de la présence d’un pont, de la construction d’un barrage hydroélectrique ou du développement industriel : il s’agit des rapides Deschênes, qui descendent à toute allure du Lac Deschenes à travers un filon de grès, produisant une large zone d’eaux bouillonnantes qui ne gèlent jamais en hiver. Ce n’est pas par hasard que les rapides retiennent la seule vaste étendue d’herbe des rivières rares à l’échelle nationale de la rivière des Outaouais – autrefois commune dans d’autres secteurs d’eaux vives vierges de la rivière. Cet énorme « poumon de la rivière » sert aussi d’habitat à une importante population de sauvagine en hivernage, ainsi qu’à des rapaces rares (notamment, les faucons gerfaut certains hivers) qui s’y nourrissent. Ces derniers rapides naturels de la rivière des Outaouais ont été menacés de disparition par la construction d’un pont interprovincial et le développement industriel pendant presque un siècle, mais ils ont été protégés à plusieurs reprises grâce aux interventions assidues de plusieurs groupes de citoyens de la rivière des Outaouais.
Le parc écologique du Lac Leamy
Il s’agit du point de rencontre de la rivière des Outaouais et la rivière Gatineau, sans contredit son affluent le plus important. Les magnifiques marais de croissance primaire d’érables qui ont été créés ici répondent aux besoins d’une grande variété de végétaux rares à l’échelle provinciale et d’animaux rares à l’échelle régionale. Comme dans le cas de Britannia en amont, le Lac Leamy est bien situé pour offrir le refuge et l’alimentation aux oiseaux migrateurs et il est donc vraisemblablement le lieu d’observation d’oiseaux le plus populaire dans l’Outaouais.
Les îles d’alluvions d’Ottawa-Gatineau
Au cours des siècles, la rivière a déposé des quantités massives de sable et de limon à des endroits précis, formant tout d’abord des barres et, par la suite, des îles où sont apparus des habitats tributaires des inondations. La rivière a donné naissance à une série de créatures pratiquement uniques et constamment changeantes, notamment en amont l’île Kettle la plus grosse île, et les îles Petrie les plus diversifiées du point de vie écologique. L’un des habitats capables de résister aux inondations sur ces îles, Hackberry – marais de fougères-de-l’autruche, serait un phénomène unique au Canada, sauf part dans l’Outaouais inférieur et peut-être aussi dans le fleuve Saint-Laurent. Des conditions de site exigeantes ont toujours réduit, mais non éliminé, les pressions en faveur du développement sur ces sites si merveilleusement beaux et attirants, et plusieurs sont maintenant protégés d’une façon ou d’une autre. Mais tous ont pâti de l’inondation provoquée par l’érection en aval du barrage Carillon, quelques 150 km plus bas.
Le ruisseau Green
La mer Champlain a laissé derrière elle de profonds dépôts d’une argile bleuâtre sur lesquels se situe aujourd’hui la majorité des riches terres agricoles du sud-est de l’Ontario et du sud-ouest du Québec. Cependant, lorsqu’on y creuse, cette argile des grands fonds devient très instable et s’effondre massivement. Ces mouvements de terrain sont manifestes le long des fortes pentes abruptes du ruisseau Green. On trouve des nodules d’argile aux formes bizarres dans les dépôts mis au jour dans le ruisseau Green et ses alentours, en particulier à son point de confluence avec la rivière des Outaouais. Bon nombre de ces dépôts se sont formés autour de vestiges végétaux et animaux variés. Ils fournissent une mine de renseignements sur l’environnement subarctique boréal de la mer Champlain et ses environs. Les pentes abruptes et peuplées d’arbres du ruisseau Green et le périmètre d’inondation à base d’argile offrent à la faune un important trajet de passage entre la rivière et les habitats des terres intérieures au sud, dans les terres exploitées à des fins agricoles et urbaines. Le ruisseau accueille aussi une grande variété d’espèces rares à l’échelle provinciale et régionale, dont la population de carex massettes probablement la plus importante du Canada.
Les marais allant de Gatineau à Masson
Un chapelet de terres humides passablement étroites s’est développé sur 50 km le long des rives, de la ville de Gatineau en direction est, dont les plus importantes sont celles de la Baie McLarin, de la Baie Clément et de la Baie de Lochaber. Ensemble, elles constituent probablement le réseau le plus vaste de marais d’eau douce du bassin versant de l’Outaouais et offrent tous, les ans au printemps et à l’automne, une aire de repos et d’alimentation exceptionnellement importante à une sauvagine migratoire composée de milliers d’individus. Ce site est aussi l’habitat d’espèces animales rares à l’échelle nationale, telles que la tortue musquée et la tortue géographique, et une aire de nourricerie de qualité exceptionnelle pour les poissons. Une coalition de groupes gouvernementaux et non gouvernementaux voués à la conservation et la protection des habitats a mis au point un programme de régénération des habitats et d’interprétation destinée au public, le long de ces rivages marécageux, au cours des dernières années.
Réserve faunique de Plaisance
Un peu comme les îles d’alluvions en amont, des dépôts massifs de sédiments se sont formés dans la masse terrestre de la Grande-Presqu’île et la Petite-Presqu’île, cette dernière étant reliée au rivage par la péninsule se prolongeant hors de la bouche de la rivière la Petite Nation. Le vaste marais de la Baie Noire toute proche présente bon nombre des caractéristiques des habitats du marais qui s’étend de Gatineau à Masson. L’habitat riverain de la Réserve offre cependant une plus grande diversité naturelle et une plus grande quantité de végétaux et d’animaux à la fois typiques et rares de la vallée de l’Outaouais inférieur, que les marais à eux seuls. Un vaste réseau de sentiers et de postes d’observation fait de cet endroit l’un des meilleurs sites d’observation et de découverte de la remarquable diversité naturelle du bassin versant inférieur.
La tourbière d’Alfred
Certes, il est difficile de se représenter un territoire aussi vaste (4 000 hectares) que la tourbière d’Alfred comme une capsule et, pourtant, c’est ce qu’il est, une capsule témoin. Observer l’horizon sur les terres humides à base de tourbe au sud d’Alfred, c’est apercevoir le paysage subarctique qui dominait le bassin versant inférieur, peu après le retrait de la mer Champlain. La tourbière, comme la Mer Bleue, sa sœur jumelle à Ottawa, formée dans un ancien canal de la rivière des Outaouais à l’époque post-glaciale, est demeurée à peu intacte pendant de 9 000 à 10 000 ans. En plus de constituer une source immensément importante d’eau souterraine et de surface de qualité, la tourbière offre un habitat à une grande variété de végétaux et d’animaux rares à l’échelle provinciale et nationale, permet un trajet de passage pour la faune migratoire, et de multiples possibilités de recherches scientifiques sur des aspects particuliers (p. ex., les espèces menacées), aussi bien que sur de grandes questions environnementales (p. ex., le réchauffement de la planète). Des naturalistes de Vankleek Hill et d’Ottawa ont remporté une longue bataille d’une décennie pour stopper la destruction projetée de la tourbière au profit d’entreprises agricoles. Ensuite, avec le concours et l’expertise essentiels de Conservation de la nature Canada, ils ont recueilli, auprès de sources privées et gouvernementales, les fonds nécessaires à l’achat et à la préservation de la tourbière. La protection et l’établissement de la Réserve de la tourbière d’Alfred représentent la plus grosse victoire en matière de conservation d’habitats qui ait été remportée par de simples citoyens dans le bassin versant de la rivière des Outaouais – jusqu’à maintenant.