Sentinelle Outaouais


Histoires de la rivière des Outaouais

par Katharine Fletcher

“Il était une fois…” – Tout le monde aime les histoires, mais au plus profond de décembre c’est le moment de l’année le plus propice pour dérouler les histoires de la rivière des Outaouais, avec les mots des personnages qui ont fait l’histoire et des historiens – pour notre plus grand plaisir.
Champlain rencontre le chef Algonquin Tessouat

On est en 1613 et l’explorateur français Samuel de Champlain cherche un passage vers l’ouest le long de la rivière des Outaouais comme sur une autoroute intérieure. En quittant Montréal, il écrit dans son journal (Voyages et Explorations de Samuel de Champlain, (1604-1613) Racontés par lui-même, Vol. II): “Le quatrième jour, nous passâmes à proximité d’une autre rivière qui venait du nord [Gatineau], où vivait des tribus qu’on nomme Algoumequin [Algonquin]. Elle n’est pas large et parsemée de nombreux rapides, très difficiles à franchir. Parfois, ces gens descendent la rivière pour échapper à leurs ennemis, sachant bien que ceux-ci ne les poursuivront pas dans des endroits d’un accès aussi difficile.”

Champlain poursuit son périple, à la pagaie, faisant du portage autour des rapides de la Chaudière (on peut visiter ce portage au parc des voyageurs, dans le vieux Hull). Après que ses guides Algonquin aient sacrifié à la cérémonie du calumet pour bénir leur voyage, ils continuent vers l’île Morrison, où il rencontre Tessouat, le chef Algonquin légendaire. Peter Hessel, dans son récit The Algonquin Tribe, (ISBN 0-921082-00-2) décrit la scène: “Les Kichesippirini [tribu Algonquine] étaient les intermédiaires traditionnels incontournables sur la rivière des Outaouais, leur commerce était florissant d’aussi loin qu’on s’en souvienne. La rivière des Outaouais était l’une des voies commerciales les plus achalandées d’Amérique du Nord, bien avant l’arrivée des Européens. Pendant des siècles, des canoës chargés de cuivre, de silex, d’obsidienne et même d’os de baleines montaient et descendaient la rivière. Ceux qui occupaient l’île Morrison tenaient une position stratégique… Les Kichesippirini étaient les maîtres du commerce des fourrures. Ils prélevaient des taxes sur tous les canoës qui passaient près de leur île.”

Les Jésuites et les explorateurs remarquèrent les “péages” et comme Hessel suggérait, “interférence dans la liberté du commerce” Champlain affirma au chef Tessouat, que son but était “de les assurer de mon affection et de mon désir d’être à leurs cotés dans leurs guerres.” Tessouat n’était pas du tout convaincu… Hessel note que les Algonquins, “n’étaient pas prêts à risquer leur mode de vie de collecteurs de taxes en permettant aux français de pénétrer plus à l’ouest.” Champlain retourna à Montréal mais promit qu’il reviendrait, …

De la traite des fourrures aux rivalités de grumes

Avec le temps, la rivalité entre la compagnie de la baie d’Hudson et la compagnie du Nord-ouest pour le commerce des fourrures grandissait. In 1821 la compagnie de la baie d’Hudson absorbe sa rivale – mais il reste des postes dans tout l’arrière pays canadien, dont la rivière des Outaouais. Dans les années 1820, l’écossais John McLean réside au poste de Chutes des Chats – près de Quyon, au Québec. Dans son journal (Notes of a Twenty Five Year’s Service in the Hudson’s Bay Territory) McLean écrit qu’à partir de 1822, le commerce des fourrures et les forestiers se disputaient la suprématie sur la rivière des Outaouais, qui était le passage obligé de tous les produits de commerce vers l’est et Montréal, Québec et l’Europe :

“De petits commerçants essaimèrent dans tout le pays; les postes établis dans l’intérieur pour traiter avec les indigènes faisaient maintenant commerce directement avec eux, afin d’éviter la compétition sur leurs fourrures. Les immenses sacrifices que la Compagnie avait faits pour obtenir le monopole, qu’ils envisageaient d’obtenir, ne leur apportaient au bout du compte aucun avantage.”

Les chants de la rivière

Au 20ème siècle, nous avons failli perdre les chansons de coureurs des bois et des bûcherons. Edith Fulton Fowke et Richard Johnston fascinés par les chants et chansons traditionnels français, écossais, anglais et Irlandais, les ont collectés et réunis. Dans Chansons de Québec, ils nos donnent entre autres “Envoyons d’l’avant, nos gens!”, chanson de bûcherons des rivières Gatineau et des Outaouais. Le premier couplet dit ceci: “Quand nous partons du chantier / Mes chers amis, tous le cœur gai / Pour aller voir tous nos parents / Mes chers amis le cœur content / Envoyons d’l’avant, nos gens ! / Envoyons d’l’avant !”

Nos histoires de la rivière

Un résident de Quyon aujourd’hui disparu, l’irlandais Gervase O’Reilly, était l’un des grands cavaliers de la vallée. Il savait que je partageais sa passion des chevaux et m’a raconté mille histoires, dont celles des courses sur la rivière des Outaouais gelée à Quio. Joan Finnegan, auteur originaire de la vallée de l’Outaouais, disparu lui aussi, a retranscrit quelques unes des histoires d’O’Reilly dans Tallying the Tales of the Old-Timers (ISBN 1-896182-95-X) : “J’ai les dates des courses de chevaux à Quyon, sur la glace, elles remontent à 1910. Ca va de la rive ontarienne – Arnprior, Carleton Place, Renfrew – jusqu’aux courses de Quyon… Les dernières ont eu lieu en 1926. … Il y avait des tentes sur la glace, vous savez, pour les chevaux entre les épreuves. Et le maréchal ferrant travaillait aussi sous une tente. Et il y avait de la vapeur qui sortait de la tente comme s’il y avait eu un feu là dessous.”

L’auteur reconnu du Pontiac (The Polish Hills and others), activiste de l’environnement, Venetia Crawford a été la première à découvrir le rocher de l’oiseau, affleurement du bouclier canadien de 150m de haut, qui émerge au milieu de la rivière Chalk. Je lui ai demandé comment elle avait réussi à décrypter la légende de ce nom et elle m’a répondu : “J’ai collecté des contes indigènes pendant des années – de Joe Kokoko, un Algonquin de Fort Coulonge, des histoires Cree de Wemindji, au Québec, et des contes Salish de Vancouver. L’histoire du rocher de l’Oiseau est l’une des plus célèbres du comté de Pontiac.” D’où ce rocher tient-il son nom, demandai-je? Elle m’expliqua, “Une jeune fille Algonquin avait le cœur brisé quand son fiancé est parti pour la guerre contre les Iroquois. Ils avaient été repérés remontant la rivière des Outaouais jusqu’à leur camp près de Fort William. L’amoureux mourut au combat. La jeune fille s’est envolée du haut du rocher, comme un oisau, pour le rejoindre dans la mort.

Hope Cadieux-Ledoux résidente du Pontiac et correspondante de The Equity, se souvient de vacances d’enfance au bord de la rivière près de Pontiac Station : “Dans les années 1900, quand j’étais petite fille, mon grand-père me disait qu’il voyait souvent un vieux couple d’algonquins en canoë pagayer jusqu’aux îles (marais) chaque soir, pour y pêcher. Il y avait un affût à canards sur l’une des îles les plus broussailleuses. Derrière, un vieux baril rouillé et un bout de tuyau de poêle bricolé en poêle de fortune. on s’arrêtait toujours là pour inspecter tout avec amour, persuadés que ça avait du être leur camp.”

Max Finklestein, auteur et explorateur de la nature canadienne moderne est un canoéiste renommé et champion de notre patrimoine national de rivières. Il décrit un souvenir bien “L’un de mes meilleurs moments de papa se passait sur la rivière des Outaouais. Je me souviens d’une journée de printemps, sur le ruisseau Constance Creek, fin avril, avec mon fils Isaac qui avait quatre ans, sa meilleure amie Maeve, et notre chien à trois pattes, Mica. Au début du printemps, les tortues géographiques se rassemblent tout au bout du ruisseau, là où il rejoint la rivière des Outaouais. Les tortues géographiques sont des tortues de pleine eau, ce rassemblement annuel dans un ruisseau est un moment exceptionnel que la nature nous offre. Comme on pagayait doucement verts le confluent, on pouvait voir des douzaines de tortues géographiques, leurs carapaces scintillant au soleil, alignées sur des troncs flottants. Tous mes passagers, enfants et chien, se penchaient, corps tendus en avant, pendant qu’on glissait vers les tortues qui lézardaient. Maeve et Isaac avaient leurs filets en main, pressés d’attraper l’une de ces tortues endormies. C’est un moment qui restera gravé en eux pour la vie.

Romance sur l’Outaouais

J’ai entendu mille contes romantiques dans lesquels des galants pagayaient ou montaient de fringants coursiers – plus tard des motoneiges – pour rejoindre l’élue de leur cœur de l’autre coté de la rivière. L’une de mes amies, qui vit à Quyon depuis longtemps [nous, ici, on dit Quio], m’a raconté sa première rencontre avec son mari:
“C’est à l’auberge Pug’s Inn de Quio que nous nous sommes rencontrés, un soir. Il y avait une très belle salle de bal, avec une sorte de parloir et une véranda abritée sur le devant. Un jeune homme ramait sur la rivière, venant d’Ottawa – et il a ramé pour le retour plus tard dans la nuit! Dans ce temps là, vous savez, seules les filles faciles s’approchaient des voitures. Et je ne l’ai pas fait. C’était le 31 mai 1946. Un de ces garçons et moi ? Nous sommes toujours mariés et heureux. On s’est marié, le 11 juin 1949, le fiancé, son garçon d’honneur et toute la noce ont traversé la rivière pour venir à Quio sur le vieux traversier avec une roue sur le coté. Il ne prenait que deux voitures par voyage – ils sont passés devant toute une file d’autos qui attendaient! Mais les gens ne s’en souciaient pas à cette époque.”


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*Merci à la rivière, qui coule dans nos vies et qui permet aux temps, passé présent et futur, de n’être qu’un. Gardons cette rivière sure, propre et aimons la, pour toujours – ce sont mes vœux de Noël .*

Katharine Fletcher est un auteur indépendant, elle a écrit des livres comme Capital Rambles: Exploring the National Capital Region, qui comprend de nombreux contes de la vallée des Outaouais. Contactez-la à chesley@allstream.net avec vos propres histoires de la vallée.


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