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La voie navigable de l‘Outaouais : un rêve qui s’évanouit

Le tourisme se présente souvent comme une solution pour vaincre le sous-emploi au plan régional.

Il est certain que la prospérité économique n’est pas chose aisée à atteindre.

Les amoureux de la voie navigable de la rivière des Outaouais seront déçus d’apprendre que le projet semble abandonné.

De quoi s’agit-il ?

La rivière des Outaouais : une ancienne voie commerciale

Les peuples des premières nations utilisaient la rivière des Outaouais comme voie de commerce pour relier l’Atlantique aux grands lacs via le St. Laurent. Les Européens ont adopté cette coutume et les explorateurs, les coureurs des bois, les colons et les commerçants ont tous reconnu le rôle de premier plan joué par cette première ‘’autoroute’’ Trans-Canadienne. Des rapides impressionnants comme ceux de Quyon, de Fitzroy Harbour ou de la chute des chats rendaient la route impraticable par endroits, alors les canotiers devaient les contourner en portant canoës et marchandises.

Bien que l’idée d’un Grand Canal, qui aurait transformé la rivière des Outaouais en voie navigable pour le commerce, ait germé à la fin des années 1800, le coût du percement du bouclier canadien à Quyon s’est avéré exorbitant. Par la suite, dans les années 1954 à 1959, la voie navigable du Saint Laurent a été construite, mettant fin aux rêves de ceux qui penchaient pour un tracé plus au Nord, plus proche aussi du tracé initial, qui aurait permis de joindre les grands lacs à l’intérieur du Canada.

La voie navigable de l’Outaouais

A la fin des années 80, le concept de voie navigable sur la rivière des Outaouais a refait surface. Il incluait la construction de six dérivations et de douze rampes de mise à l’eau, une à l’entrée une à la sortie, pour permettre aux plaisanciers de remonter la rivière des Outaouais sur plus de 500 kilomètres, de Nepean/Aylmer au lac Temiskaming. Les promoteurs parlaient d’une perfusion de dollars touristiques et les entrepreneurs de construire des marinas, des auberges et des restaurants dans des endroits comme Chapeau. Les travaux ont commencé dans la portion ouest du tracé et la 1ère phase de la voie navigable de la rivière des Outaouais a ouvert le 21 août 1993. Le financement provenait des gouvernements Fédéral, Ontarien et Québécois. Les portages devaient être aménagés entre Portage du Fort et Bryson, Chapeau et Desjardinsville, Rapides de Joachim, Mattawa et Temiskaming. Le dernier point étant au port de Fitzroy, ouvert le lundi 24 juillet 2006, après avoir obtenu l’aval de la commission pour les détails de sa réalisation.

Les coûts du projet…

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Des millions de dollars ont été dépensés en promotion, faisabilité et études environnementales pour cette voie navigable, sans compter les frais de construction et d’entretien des chemins de portage.

J’ai malheureusement été dans l’impossibilité de trouver le chiffre exact de ce que tout cela a coûté au contribuable. Selon des documents du Ottawa Citizen et le site de Sentinelle Outaouais le sixième détour a coûté à lui seul 2.3 millions de dollars.

… et les coûts par bateau
p. A l’origine, chaque bateau était supposé acquitter un montant de 20 $ pour négocier chacun des détours. Ce tarif est monté à 50 $ par bateau en 2006. Mais en 2006, selon Jim Gibson propriétaire de l’auberge de Pointe aux Pins aux Rapides de Joachim, une autre procédure s’est ajoutée.

“En 2006 le tarif d’un portage est passé de 35 à 50 $. Les bateaux avaient alors à acquitter 600 $ pour négocier les six détours s’ils voulaient faire une boucle complète aller-retour. Malheureusement, ce tarif ne tenait pas compte de la taille du bateau, 16-18 pieds ou 24 pieds – et ce n’était pas juste” dit Gibson. “Mais cette année-là, ils ont aussi obligé les gens à réserver à l’avance. Ca devient ridicule ! La voie navigable était supposée accueillir des touristes qui auraient profité de leur séjour en toute tranquillité et des canotiers qui voudraient se détendre en pratiquant leur sport favori. Au lieu de ça, ici à Swisha (Rapides de Joachim), la MRC du Pontiac à engagé quelqu’un de Chapeau pour faire les portages et ça prend une heure et quart à cet employé juste pour venir en auto jusqu’ici. Ca n’est pas fait pour arranger les touristes.”

De tels changements sont directement responsables du déclin de la fréquentation par les canotiers, d’après Gibson et bien d’autres. Il ajoute : “Il y a trois ans, on voyait environ 350 bateaux à Swisha; en 2007 il n’y en a eu que 150; et la saison dernière 30 seulement ont pris le portage.”

Vu les millions de dollars que le contribuable a dépensé pour cette voie navigable, le public est en droit d’attendre des efforts minimum pour la maintenir ouverte. Si on divise l’investissement de 2,3 millions pour le détour du port de Fitzroy (sans tenir compte des autres) par les 530 bateaux comptés par Gibson à Swisha, on arrive à la somme de 4.716 dollars et 98 cents par canoë. (Pas scientifique, je sais… mais ça donne un petite indication). Et bien entendu, ceci ne tient compte ni des ‘’péages’’ acquités par les canotiers, ni de l’entretien des chemins de portage.

Mercredi 8 Octobre 2008 : Fermeture de la voie navigable

Dans l’édition du 27 août de ‘’The Equity’’, l’éditeur Wilbur McLean rapporte que la voie navigable allait probablement être fermée (voyez : Ottawa River Waterway shutdown being considered). Le 7 Octobre, j’ai appelé les bureaux de la MRC du Pontiac pour savoir où en était l’affaire et j’ai parlé à Nancy Dagenais Elliott, Assistante des comités des maires.

Elle m’a dit que la MRC du Pontiac avait adopté deux résolutions concernant les voies navigables au cours du conseil municipal du 22 septembre 2008. Selon elle, la MRC accepte de continuer à régler les frais du détour, du remisage et de l’entretien de l’équipement et des quais. Cependant, la MRC ne pourvoira plus aux frais d’opération de la voie navigable pour la portion concernant la MRC du Pontiac.

Le 8 Octobre j’ai parlé à nouveau à Jim Gibson, qui a confirmé que la voie navigable avait été fermée, peut-être définitivement. Selon lui, la MRC du Pontiac compte sur un exploitant privé pour prendre le relais et maintenir ainsi la voie navigable ouverte.

Réflexion de Gibson, “En tant que propriétaire d’une auberge et résident du Pontiac qui accueille les touristes dans la région, je suis très déçu. Les canotiers apprécient beaucoup ces portages et la voie navigable est une bonne image de marque pour les touristes dans la région. Il est triste de voir qu’on a tant dépensé et que maintenant c’est fermé. On aurait dû faire plus de publicité, les gens ne viennent pas dans un endroit dont ils n’ont jamais entendu parler.”

Il a raison. Il est aberrant que tant d’argent des deniers publics ait été dépensé pour la voie navigable et qu’elle soit fermée si vite – peut-être, sans doute, pour toujours.

Le 14 Octobre, j’ai interrogé le maire Donald Gagnon de Chichester de l’Ouest Québec qui est président de la voie navigable de l’Outaouais. Il m’a confirmé que la survie de la voie navigable était en discussion.

Durant l’entrevue du 14 Octobre, le maire Gagnon m’a dit, “Pour autant que je sache, les portages de Mattawa et Temiskaming seront fermés au public, alors que les trois détours qui sont dans notre MRC du Pontiac (deux sites aux Rapides de Joachim, Chapeau/Desjardinsville, et Bryson/Portage du Fort) resteront ouverts. “Nous avons décidé de laisser le public accéder à nos sites afin que des gens comme les pêcheurs et autres canotiers puissent mettre leurs embarcations à l’eau. Nous espérons aussi que quelqu’un prendra le relais pour opérer les portages de façon que la totalité de la voie navigable reste accessible – mais on pense que la vocation de la MRC n’est pas de transporter des bateaux.”

Un environnement préoccupant

Quand un a projet touristique tel que celui-ci vacille et s’écroule, c’est toute la région qui en subit les répercussions. Les gens pointent du doigt cet échec et disent, “Tu vois, le tourisme c’est pas viable. Il n’y a rien à faire pour sortir la région au plan de l’économie.”

Mais pour l’instant rien n’est certain, n’est-ce pas ? On ne peut pas se contenter de mettre de l’argent dans un projet, le voir grandir et observer sa chute parce que la promotion a été mal ciblée ou insuffisante, parce que les infrastructures n’ont pas suivi etc… Les résidents, des deux cotés de la rivière des Outaouais, attendent désespérément, espèrent et sont en droit d’obtenir des emplois durables et qui en valent la peine. Ce genre de gestion n’a rien de professionnel. Quand quelques personnes sont convaincues qu’il est aisé de remplir les caisses avec un tel projet, le plus souvent il tombe à l’eau et ça dessert tout le monde, eux, nous et notre région.

Les riverains savent que leur rivière n’est pas uniquement belle, mais qu’elle joue aussi un rôle écologique majeur. Sentinelle Outaouais et de très nombreux de citoyens concernés ont veillé à protéger la rivière contre de multiples projets susceptibles de lui causer du tort. (Sentinelle Outaouais se préoccupe de l’impact des projets en cours sur les rives depuis 2003, en 2006 l’organisation a fait entendre sa voix avec succès pour s’opposer au projet Fitzroy qui devait traverser le parc provincial Fitzroy, la zone protégée de l’île Morris et la plage Willola),

Si le projet de voie d’eau navigable est mort, que va-t-il advenir des sites de mise à l’eau des bateaux ? Vont-ils rester disponibles ? A quel prix ? Et quel prix pour le rivage, qui devra être remis en état si les bateaux n’utilisent plus les installations ?

La voie navigable de la rivière des Outaouais restera-t-elle une route navigable vers le lac Temiskaming ? Le jury délibère…

Maires? Responsables de la voie navigable? Porte-paroles? Commentaires?

Katharine Fletcher est un écrivain indépendant et l’auteur de plusieurs livres et guides sur la nature, l’environnement ou le jardin. Vous pouvez la contacter au chesley@allstream.net


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