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Quand on regarde toutes les rivières qui viennent se jeter dans la rivière des Outaouais, beaucoup de gens vous disent que, de tout le Pontiac, dans l’Ouest du Québec, les trois plus grosses rivières sont leurs favorites. Les trois sœurs, Dumoine, Noire et Coulogne, ont une influence certaine sur ceux qui les parcourent à la pagaie.
Et là, on a le coup de foudre.
Certains comme Wally Schaber, propriétaire de Trailhead, disait dans une entrevue à la radio de CBC la semaine dernière, préfèrent la rivière Dumoine pour ses eaux libres et dansantes et ses rapides de catégorie III. D’autres préfèrent la rivière Coulonge, avec les étranglements accidentés de sa série de rapides, ses vieux arbres et les spectaculaires chutes Coulonge.
Et puis il y a ceux qui, comme moi, se prélassent année après année dans les sinuosités de la rivière Noire, avec sa partie inférieure où les eaux lézardent entre courbes alanguies et longues plages sable, mais aussi bien sûr son cours supérieur où les rapides explosent entre les cailloux et les gouffres s’ouvrent dans la fente d’un rocher ouvert en deux.
Quelle que soit votre préférence, les trois sœurs vous trottent dans la tête pendant tout l’hiver, avec la promesse de leurs eaux bondissantes à la fonte des neiges, au printemps… et des flâneries au fil de l’eau durant l’été.
En fait, pour ceux d’entre nous qui aiment à s’amuser sur les rivières, qu’y a-t-il de plus typiquement canadien que de pagayer le long de ces anciennes autoroutes ? C’est pourtant ce qu’elles sont ! Autrefois, elles étaient des voies de circulation fréquentées par les indigènes, puis les explorateurs puis enfin les colons. A la fois voies de commerce et voies d’accès à l’arrière pays.
Il est si facile pour un amateur de canoë-camping, ou tout simplement pour un amoureux de plein-air, de prendre pour acquis que les trois rivières lui sont offertes. On verra toujours sur ses rives des arbres qui ont 300, 400 et parfois même 700 ans, n’est-ce pas ? La rivière Dumoine va toujours caracoler, indomptée, sans un barrage pour retenir ses flots tourbillonnants? Et les Chutes de Coulonge vont toujours exister, pour les quelques 12.000 visiteurs et plus qui viennent l’admirer chaque année?
Merci encore.
Les résidents du Pontiac ont une idée du sens de ce “pour toujours” et savent combien il est fragile. Avec le déclin de l’industrie du bois, les moulins à papier ferment et les emplois disparaissent. Les derniers forestiers songent à couper les derniers arbres, ce qui fait peser sur les forêts du bassin versant des trois sœurs plus de menaces que jamais auparavant.
Cependant, un mouvement se met en place pour protéger les trois sœurs. Beaucoup d’entre vous connaissent la Société pour la nature et les parcs du Canada qui a entrepris de protéger la rivière Dumoine.
Par contre, bien peu savent qu’un résident du Pontiac, Dennis Blaedow, est un infatigable champion de la protection de la rivière Dumoine. Il travaille maintenant avec la coordinatrice de la SNAP-Québec pour la Dumoine, Marie-Eve Marchand. Il met toute son ardeur à faire reconnaître les trois sœurs comme une région naturelle inestimable et qui mérite d’être protégée.
Dans le Pontiac, Blaedow passe pour quelqu’un qui ne recherche pas la publicité et dépense son énergie en coulisses pour encourager la protection des espaces sauvages et des rivières. Actuellement, il est président de Association touristique du Pontiac, président des chutes Coulonge, et vice-président de l’Association touristique de la vallée de l’Outaouais (ATVO).
Selon Blaedow, ” Le nom des trois sœurs porte en lui toute une façon de penser aux rivières Dumoine, Noire et Coulonge car il met l’accent sur la notion de protection de tout le bassin de ces rivières. ”
Il est enthousiaste quant à la protection de la Dumoine, et se plait à dire à qui veut l’entendre, ” _Je crois que nous attendons depuis six mois que Québec annonce que ce changement de statut est approuvé._ ”
Mais Blaedow envisage de plus ambitieux projets dès que la protection des trois soeurs sera assurée : “ Je suis un rêveur, j’aimerais que les trois sœurs soient protégées par l’UNESCO au titre de patrimoine mondial de la biosphère. ”
Blaedow se décrit comme un rêveur, mais ça ne veut pas dire qu’il reste là, assis à ne rien faire. Il a passé le plus clair des neuf dernières années à relancer les politiciens locaux, la MRC de Pontiac et les représentants de l’industrie forestière pour conserver une bande de terres boisées sur les rives des trois soeurs. ” C’est (le lobbying pour la protection) un peu une relation de David contre Goliath quand on sait la puissance de l’industrie forestière. C’est juste dans les cinq dernières années que j’ai pu avoir une chance de me faire entendre. ”
Il est raisonnablement optimiste en ce moment. ” Au Québec, la règle en matière de zone non coupées n’est que de 20 mètres de forêt de chaque coté d’une rivière. Il y a ensuite 40 mètres où l’on ne coupe que 20% des arbres. Ce n’est vraiment pas beaucoup si on y réfléchit bien. ”
” Après avoir travaillé avec plusieurs des acteurs impliqués durant toutes ces années, j’entrevois ce qu’on peut qualifier de vrai changement. La MRC de Pontiac a proposé d’étendre à 500 metres la zone tampon sur les rives des trois soeurs. ”
En survolant la rivière Coulonge, il a réalisé que ça ne convenait pas tout à fait, en particulier à cause de certains étranglements où la route longe la rivière de très près. Brusquement, il a songé que la route ne pouvait pas être incluse dans le tampon forestier, alors il a commencé à faire du lobbying pour une meilleure protection contre le lobbying.
” Ce qui me plait c’est que nous sommes maintenant d’accord sur une zone de protection de 500-mètres qui commence à la limite de la route. Certains chemins de portage posent le même problème alors les mêmes règles s’appliquent. ”
Bien que pour l’instant ce ne soit pas encore une protection légale, Blaedow explique, ” _J’ai obtenu un accord écrit pour que ces conditions s’appliquent jusqu’à l’entrée en effet du statut de site protégé._ ”
Pour certains d’entre nous, la protection n’est jamais suffisante et, tant que Québec n’a pas donné son accord, comme nous l’avons vu, entre le SNAP et des lobbyists comme Blaedow, la rivière Dumoine et les trois sœurs ont besoin de ces champions attentifs et obtinés.
Blaedow met l’accent sur l’importance de la protection. “ La raison principale de mon implication est mon désir de préserver la vie sauvage pour les générations futures. Les populations vont vers les villes, nous avons de plus en plus besoins de ces endroits de beauté sauvage et naturelle et nous les prenons pour acquises. A mon avis, les trois sœurs devraient être au patrimoine de l’UNESCO pour la biosphère, car nous nous devons, tous, de partager ces espaces naturels, et pour toujours. ”
Chacun d’entre nous est capable de faire que les choses changent. Si vous en voulez un exemple supplémentaire, tournez-vous vers des gens comme Blaedow pour vous servir d’exemple et d’inspiration. Puis faites-vous entendre.
Y’a qu’à.
Katharine Fletcher vit à Spiritwood Farm, au nord de Quyon. Son dernier livre, Capital Rambles: Exploring the National Capital Region, décrit des parcours-nature dont certains dans le Pontiac (vous trouverez ses livres chez L’Artisan et Lighthouse Books à Shawville ou au rayon livres des pourvoyeurs d’Ottawa/Gatineau. Vous pouvez aussi la contacter à chesley@allstream.net