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Objectifs et défis pour la rivière des Outaouais en 2008

Meredith Brown: Entrevue avec la Sentinelle de l’Outaouais

par Katharine Fletcher

Au début de cette année, Katharine Fletcher discute avec notre Sentinelle, Meredith Brown afin de connaître les défis auxquels la rivière devra faire face en 2008 et ce que son organisation va tenter de réaliser durant l’année qui commence. Écoutez les réponses de Meredith à propos des défis et des opportunités à saisir, mais découvrez aussi les motivations profondes qui l’ont poussée à devenir une Sentinelle.

Katharine: En premier lieu, Meredith, pourquoi avoir accepté ce rôle de Sentinelle de l’Outaouais ? vous avez une famille, des jeunes enfants, comment arrivez-vous à trouver du temps pour manifester contre les recherches d’Uranium dans le parc Algonquin, et les mines de Frontenac, en Ontario. Qu’est-ce qui vous pousse à accepter ce rôle public tellement exigeant?

Meredith Brown, Sentinelle : je pense que c’est ma passion pour les rivières qui a été le facteur déterminant quand j’ai accepté ces responsabilités. J’ai travaillé sur les cours d’eaux, à pagayer, à renforcer les berges… et j’ai voulu relever le défi de responsabiliser les communautés afin qu’elles prennent en charge la protection de la rivière des Outaouais – une rivière incroyablement belle et terriblement importante.

*Q: Vos études vous aident-elles à interpréter les statistiques, les études scientifiques ou les autres facteurs dont dépendent les solutions, les gens et les politiques autour de la rivière ? Si oui, dans quelle mesure ?*

R: Mon diplôme d’ingénieur a été un atout majeur dans ce rôle de Sentinelle. Notre organisation a toujours abordé le problème de protection de la rivière par le coté scientifique. Ceci nous a permis d’acquérir une grande crédibilité auprès des industries, des pouvoirs publics et de nos concitoyens. Quand je discute avec des compagnies hydrauliques, de traitement des eaux usées ou d’énergie atomique lors de sessions de travail ou de conventions, je suis capable de parler le jargon des ingénieurs et de leur poser les vraies questions. Quand je lis un rapport ou des études d’impact je peux voir les failles et discuter des résultats ? Ma Maîtrise en Gestion des Ressources en Environnement a été un tournant quand j’ai pris conscience du fait que gérer des ressources consistait essentiellement à gérer de gens et exigeait une équipe pluridisciplinaire (ingénieurs, biologistes, économistes, gestionnaires, éducateurs, avocats, etc.) pour trouver des solutions efficaces.

*Q: Les problèmes auxquels la rivière des Outaouais doit faire face sont multiples d’autant que deux provinces, Québec et Ontario, sont impliquées, sans parler de chacune des municipalités grandes ou petites. En quoi cela influe-t-il sur les défis – et avez-vous un groupe basé au Québec pour vous assister ?*

R: Le fait que la frontière inter-provinciale se trouve au milieu de la rivière est l’un des plus gros soucis auxquels notre organisation soit confrontée. Pour protéger la rivière efficacement, nous devrions être capables d’ignorer cette ligne de partage et rechercher une plus grande collaboration. Nous avons de nombreux partisans et des bénévoles et on travaille aussi avec plusieurs groupes locaux au Québec. Notre stratégie sur 3 ans inclut une plus grande collaboration entre ceux qui travaillent sur les deux rives de la rivière. Devenir une organisation vraiment bilingue, avec un tout petit budget et un personnel restreint est vraiment un gros défi ! Il faut aussi savoir que les règlements des deux provinces sont très différents, tout comme les règles et les politiques. Même le système légal change d’une province à l’autre puisqu’on passe du Droit Commun au Code Civil.

*Q: Dans le Pontiac, au Québec, il y a une sentinelle basée à Norway Bay. Existe-t-il une liste des sentinelles le long de la rivière des Outaouais – et ces sentinelles sont-elles des gens que l’on peut contacter si on se pose des questions concernant la rivière ?*

R: Notre programme de surveillance de la rivière est un énorme succès. Nous avons des sentinelles de Kipawa à Montréal qui sont des gens incroyables, passionnés par leur rivière. Les sentinelles travaillent avec Sentinelle Outaouais sur des sujets concernant leur zone et nous aident à garder le contact avec de très nombreuses communautés le long de la rivière. Si quelqu’un se pose des questions à propos de la rivière et qu’il y a une sentinelle dans sa communauté, je lui recommande fortement de la contacter, ils rencontreront ainsi quelqu’un qui partage ses préoccupations. Chaque sentinelle partage avec Sentinelle Outaouais ce qui survient au plan local, les problèmes particuliers comme les événements.

*Q: Dans le 1er rapport de Sentinelle Outaouais, Écologie et Impact, de mai 2006 on a un excellent aperçu de vos préoccupations. On y trouve toutes les caractéristiques du bassin versant de la rivière des Outaouais (relief, hydrologie, classification des écosystèmes et biodiversité, etc. on y trouve aussi la liste des zones à surveiller pour ce qui a trait à la santé de la rivière des Outaouais comme les barrages, les usines de traitement des eaux usées, etc… En ce début d’année, quels sont, à votre avis, les points les plus sensibles pour la rivière ?*

R: Question très délicate tant les points sensibles sont nombreux. Si l’on parle qualité de l’eau, je pense qu’on doit travailler au niveau des municipalités pour améliorer le traitement des eaux usées. Beaucoup trop d’eaux non traitées sont encore déversées quotidiennement dans la rivière, et même les eaux traitées contiennent des quantités non négligeables de substances toxiques. On a aussi huit usines de pâte à papier sur la rivière qui contribuent pour une large part à la charge polluante. Les eaux pluviales qui lessivent les rues d’Ottawa et de Gatineau et finissent dans la rivière sont aussi un gros problème que nous devons solutionner. En matière de biodiversité et d’intégrité écologique, les barrages, les berges sont notre principal souci avec les constructions sur les zones inondables qui continuent à se développer.

*Q: Le public peut-il jouer un rôle dans la protection de la rivière – et vous aider à surveiller l’évolution de ce/ces points particuliers ?*

R: Le public peut nous aider de mille façons. D’abord par des actions personnelles simples comme le choix des produits ménagers ou autres produits chimiques qu’on utilise – ils finissent tous à la rivière à plus ou moins longue échéance et les stations de traitement ne peuvent pas enlever tous les produits dangereux que notre société utilise. Si vous étés au courant de pratiques qui ont un impact négatif sur la rivière, agissez tout de suite – appelez Sentinelle Outaouais si vous ne savez pas comment agir. Pour protéger une rivière, il faut une communauté. Faites ce que vous pouvez au niveau de votre communauté pour que les gens autour de vous prennent conscience des enjeux et s’impliquent dans les décisions qui auront un impact sur la rivière. Faites toujours valoir sur votre droit individuel à une eau propre, une eau pour nager, pêcher et surtout une eau potable.

*Q: Comme les isotopes radioactifs médicaux ont fait la une en décembre dernier, le Premier Ministre Stephen Harper a demandé au sénat de voter en urgence une loi sur les isotopes qui doit réactiver le réacteur de Chalk River qui avait été mis en sommeil – sans l’approbation de la Commission canadienne de Sécurité Nucléaire (CCSN). Cette décision liée au fonctionnement du réacteur de Chalk River vous inspire-t-elle des craintes pour le bassin versant de la rivière des Outaouais ?*

R: J’ai travaillé sur le dossier de Chalk River depuis que je suis à Sentinelle Outaouais, en m’efforçant de ne regarder les choses que du point de vue l’impact sur la rivière. Il y a bien sur des impacts évidents de cette activité sur la rivière. En premier lieu, ils utilisent de très grosses quantités d’eau de la rivière pour le refroidissement, et ce pompage entraîne la mort d’un certain nombre de poissons. L’eau qui retourne à la rivière est à 30-35 degrés Celcius, là encore des poissons meurent. C’est une préoccupation. Plus préoccupant encore, la contamination radioactive de la rivière par le site.

*Q: Que pensez-vous de la prospection de l’uranium dans le Pontiac au Québec ou dans le comté de Frontenac en Ontario ? Croyez-vous que cette prospection, et peut-être l’ouverture de mines dans l’avenir, soient des menaces pour la santé de la rivière ?*

R: Si on regarde les exemples sur tout le territoire canadien, les mines d’uranium peuvent avoir des effets dévastateurs sur l’environnement proche. La prospection d’uranium existe ou est envisagée en de nombreux points du bassin de la rivière des Outaouais – au Québec comme en Ontario. Je pense qu’avec la question de l’uranium on doit travailler sur l’implication active du public et la surveillance minutieuse de l’industrie. Je pense que la loi sur les mines doit être révisée et que, tant les communautés locales que les propriétaires privés devraient avoir le droit de s’opposer à toute activité minière quand il s’agit d’uranium. Si une communauté décide qu’elle veut une mine, elle doit être attentive à tous les aspects du projet et l’étudier minutieusement. Si on propose d’ouvrir une mine d’uranium dans le bassin versant de la rivière des Outaouais, soyez assurée que je veillerais à ce que Sentinelle Outaouais en fasse sa priorité numéro 1.

*Q: Si on regarde le coté positif, vous devez être ravie du projet de protection du bassin de la rivière Dumoine au Québec, que la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNPC) et bien d’autres ont soutenu. Que pensez-vous de ce projet ?*

R: Le projet Dumoine est très proactif et fondamentalement bon. Le CPAWS a fait un travail fantastique sur ce dossier. La rivière Dumoine est le dernier tributaire sans barrage de la rivière des Outaouais et bénéficie par-là même d’un débit naturel. Puisqu’elle est la seule dans tout le bassin de la rivière des Outaouais dont les variations soient naturelles, cette rivière nous sert de référence. En plus de ce régime naturel, la rivière Dumoine est d’importance écologique majeure et une route de canoë qui attire des pagayeurs du monde entier. Si cette rivière est fréquentée par tant d’amateurs c’est avant tout dû à son débit naturel et au caractère sauvage de ses berges. Descendre la rivière Dumoine est une véritable expérience nature.

*Q: Certaines formes de tourisme comme le canotage récréatif sont appelées à devenir une industrie puissante le long de la rivière des Outaouais. Bien entendu, le contournement des chutes Chats Falls se doit d’être ’’payant’’ si on parle en terme de développement durable. Pouvez-vous nous faire part de vos craintes et de vos espoirs en matière d’écotourisme le long de la rivière ?*

R: Je pense qu’on n’en est qu’aux balbutiements de l’écotourisme sur la rivière des Outaouais ceci dit, il est important de définir l’écotourisme et de mettre l’accent sur les projets qui sont viables – ceux qui ne vont pas mettre en danger la santé écologique de la rivière. Je pense que la rivière des Outaouais est sous-utilisée et qu’il nous est possible de promouvoir des ‘’expériences nature’’ pour tout un chacun sur la rivière.

Katharine : Meredith, merci infiniment d’avoir partagé vos préoccupations au sujet de la rivière des Outaouais avec nos lecteurs. Bonne année à vous et votre famille – et devenons tous des observateurs attentifs de la rivière.

Qui contacter si vous remarquez un problème ? keeper@ottawariverkeeper.ca ou 1-888-9Keeper
Ou bien, voyez s’il y a une Sentinelle près de chez vous : http://ottawariverkeeper.ca/programs/river_watch


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