Accessibility and Access Keys [0]

Skip to Content [1]

Quand la nature révèle sa magie.

Les heureux hasards de Sentinelle Outaouais : Quand la nature révèle sa magie.

Par Katharine Fletcher

Combien de fois, quand nous étions dans nos canoës ou nos kayaks, avons-nous été transportés par cette vie sauvage que nous voyions ou que nous entendions ?

Je suis certaine que vous et moi avons des souvenirs d’épisodes superbes, quand la nature révèle une part de ses merveilles au moment où l’on s’y attend le moins. On a vraiment le sentiment d’être au bon endroit au bon moment…

Quand je pense à nos escapades avec Windigo – le prospecteur en cèdre et noisetier que nous avons fait, mon époux Eric et moi, au milieu des années 80 – je me souviens de certaines rencontres avec des animaux sauvages qui m’ont marquée.

Si ça ressemble à un canard…

Eric et moi n’oublierons jamais notre première sortie à bord de Windigo. On l’a mis à l’eau sur un petit lac. Après un tonitruant « il flotte ! » et la surprise de constater sa grande maniabilité, j’ai repéré au loin un canard qui avait une allure bizarre.

Pour mieux le voir, nous avons avancé vers lui avec mille précautions. Quand nous avons été assez près, j’ai murmuré : ce n’est pas un canard, c’est un jeune faon moucheté qui traverse le lac à la nage, avec son petit museau en l’air, hors de l’eau. Surpris, nous sommes restés en retrait pour ne pas effrayer ce jeune cerf de Virginie. Epuisé, il a atteint la rive opposée et a titubé hors de l’eau, les flancs haletants et les taches de sa croupe luisant dans son pelage noisette ruisselant d’eau. Puis il a disparu dans le mur de la forêt. Nous nous sommes regardés en silence, émerveillés.

Quel formidable baptême pour Windigo !

Chorégraphie dans un miroir

Un autre jour, pendant que nous prenions plaisir à regarder le miroitement du sillage en V qu’un castor laissait derrière lui, alors qu’il nageait à coté de Windigo, un vol d’oies du Canada est passé au-dessus de nous, comme un reflet bruyant de la trace lisse et parfaite dans l’eau. Nous avons cessé de pagayer, pour mieux écouter le bruit étouffé des ailes qui battent, l’un de nos sons favoris dans la nature.

J’ai dû bouger sans m’en rendre compte. Le castor, dans un mouvement surprenant, a frappé la surface du plat de sa queue et a disparu dans les fonds obscurs.

Un moment suspendu dans le temps, un véritable enchantement.

Plongeon magique

Je me souviens aussi d’un matin où nous nous régalions de la brume matinale qui s’effilochait, et regardions ses bouillonnements et ces ondulations inimaginables. Nous nous sommes assis, stupéfaits, pour voir la berge apparaître et disparaître comme dans un mirage mouvant et flou.

Alors on a entendu les rires des huards, des plongeons. Pas un, pas deux, nous en avons compté huit. Peut-être quatre couples ? Qui sait ?

De façon tout à fait inattendue, ils ont commencé une sorte de danse autour de nous, passant sous Windigo, refaisant surface, poussant leur cri obsédant, battant l’air de leurs ailes et s’envolant, glissant à la surface de l’eau, avec leur poitrine d’un blanc étincelant qui scintillait dans la lumière qui grandissait.

Ils appelaient. Appelaient et appelaient. Leurs rires résonnaient encore et encore dans l’air et jusque dans nos âmes, y gravant à jamais l’image de ces plongeons magiques.

Puis ils se sont envolés, aussi brusquement qu’ils étaient apparus. Partis. Des larmes ont roulé sur mes joues et, comme je me retournais vers Eric, j’ai vu qu’il pleurait aussi. Quel moment splendide !

Mais qu’est-ce qu’il y avait là, sur l’eau ? Intrigués, on a pagayé pour voir le cadeau qu’ils nous laissaient. Une simple plume de huard, noire, avec deux petites taches blanches

Jeux d’eau

Une forme d’un brun chocolat sombre, soyeuse et ondulante sur la rive puis sur le quai. Elle plonge et ondule en direction de Windigo, et replonge et se hisse sur une bande de sable et pouf, disparaît dans la rivière. Un museau moustachu perce la surface de l’eau, « bavarde » un instant, puis le manège reprend. Il y a à nouveau une silhouette sur la plage, elle court sur la langue de sable puis c’est un nouveau plongeon.

Des loutres, rien moins que des loutres qui jouent !

Les oiseaux du ruisseau de la brasserie

Alors que je faisais les recherches pour mon livre, Capital Rambles : Exploring the National Capital Region, Eric et moi étions sur le ruisseau de la brasserie, le cours d’eau qui forme une île à la sortie du vieux Hull. Bizarrement, il est délicat, voire difficile, de naviguer là quand les hautes eaux du printemps atteignent des niveaux élevés, surtout à proximité des ponts et des passerelles. (Attention…). On a mis à l’eau, pas exactement comme on l’aurait voulu, dans le parc Voyageur du vieux Hull, à l’embouchure du ruisseau, en aval du Théâtre de l’Isle et de l’écomusée (angle Montcalm et Papineau à Gatineau).

Une virée en canoë mouvementée, par une après-midi glacée de novembre, nous a vu manœuvrer Windigo le long de quais où de grands hérons bleus péchaient, plantés comme des statues le long de la berge.

Comme on approchait du confluent du ruisseau et de la rivière des Outaouais, le cours d’eau s’est élargi. C’est alors qu’on les a vus, tout un vol de canards branchus (des carolins), mâles et femelles, avec des grands harles. Ils se reposaient mangeaient et se regroupaient avant le grand départ vers le Sud. On s’est laissé dériver pour mieux observer les timides branchus, en s’émerveillant du somptueux plumage luisant et coloré des mâles.

Pour moi, cette après-midi sur la rivière était un hommage personnel : hommage à Malcolm Macdonald, haut-commissaire anglais en poste à Ottawa pendant la seconde guerre mondiale, et l’un des confidents de Mackenzie King au moment de la crise de la conscription. C’est cependant à l’auteur naturaliste et au canoéiste qu’il était que va mon hommage. Le ruisseau de la brasserie a su capter son attention durant ces années de guerre.

Macdonald devait mettre à l’eau à Earnscliffe, qui reste la demeure du haut-commissaire anglais, pagayer la rivière des Outaouais jusqu’à l’autre rive et filer dans le monde protégé et un peu magique du ruisseau de la brasserie, aussi loin que possible. Chaque mois il pagayait là, rapportant les chroniques de ses découvertes dans le livre devenu un classique : The Birds of Brewery Creek. Lisez ce livre, et mettez vos pagaies dans les traces des siennes.

La nature nous invite : tenons-nous bien !

Pour moi, notre environnement est rempli de ces petits miracles, instants superbes durant lesquels la nature dévoile une part de son mystère et de sa magie.

Pagayer nous permet d’avoir une vision plus approfondie de la rivière des Outaouais et de ce qui y vit. Allez-y, amusez-vous – et aidez-nous à protéger notre rivière, pas simplement pour notre plaisir, mais pour l’habitat qu’elle procure à toutes ses espèces résidentes ou non.

L’artiste autrichien Frederick Hundertwasser a écrit un jour, “La nature nous invite, tenons-nous bien.” Ce qui n’est pas un mauvais principe de vie.

Katharine Fletcher est journaliste et auteur indépendant. Elle a écrit plusieurs guides historiques et écologiques. On peut trouver son dernier livre, Capital Rambles : Exploring the National Capital Region dans les librairies de la région et chez MEC.


Imprimer